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30.01.2008

Jour creux...

Il y a des jours comme ça, où rien ne semble se passer... Le téléphone est muet... Même pas de courrier dans la boîte à lettres ce matin...

Seule une séance de kiné est inscrite au programme...

J'arrive en avance, et comme il pleut je reste un moment dans la voiture: même pas possible d'aller prendre un café, le bistrot d'en face est fermé le mercredi... Grrrrr....

Le cabinet s'ouvre sur une cour pavée... Il est contigu à une agence matrimoniale éternellement déserte.

Un pot de bambous monte la garde sur le seuil, imperturbablement vert...

Les gens n'ont-ils plus envie de trouver coûte que coûte l'âme soeur, ou la concurrence des sites de rencontres sur internet est-elle cause de cette désaffection?

Dans la salle d'attente de la kiné, invitation au voyage, par de sages exemplaires de Géo qui semblent eux-mêmes n'avoir pas bougé depuis que je viens ici!!!

Aux murs, des planches d'anatomie stylisées, censé indiquer les bonnes et les mauvaises postures du corps...

Tiens, tous les sexes des gravures sont occultés, fondus dans un pudique trait unisexe...

Une salle d'attente de kiné n'a pourtant rien de particulièrement libidineux, et les patients ne sont pas potentiellement  pervers...

Est-ce la proximité de la cathédrale, où même les anges ont pourtant un sexe!

Séance bienfaisante, je laisse les mains maternantes de la kiné faire leur travail pendant que nous parlons gentiment de choses et d'autres... Ma kiné a un joli accent chantant qui soigne déjà!

Ensuite petit tour au marché pour essayer de trouver de la laine...

J'ai promis à Dora de lui tricoter un pull, mais comme elle ne m'a toujours pas envoyé ni sa couleur préférée ni un modèle qui lui plairait, j'hésite...

Et puis il pleut, il fait froid, on verra ça plus tard...

Au retour je monte au grenier récupérer mon vieil ordinateur pour Corinne... Que de choses accumulées là-haut, depuis seulement un peu plus de trois ans...

Ce premier ordi, je l'avais appelé E.T., tellement, à son arrivée, il était incongru dans mon univers ... Brave vieil E.T...

Même pas de programme télé pour faire mon choix pour ce soir...

Jour creux, je vous dis...

     

29.01.2008

Jeanne et Emmanuelle

C'était la fête sur mon petit écran, hier soir...

D'abord, en début de soirée, une mariée en noir sur Arte...

Puis, sur le câble, la femme d'un certain Gilles...

Jeanne Moreau, puis Emmanuelle Devos... Le même talent sur deux générations... Quelle chance!...

Le premier film, il y a longtemps que je ne l'avais pas visionné. Redécouverte éblouie. Tout semblait avoir été dit sur lui, et tout à retrouver, intact, enrichi même...

J'ai rencontré le second par hasard, et, pour la première fois pour moi, la lumière d'Emmanuelle Devos...

Deux femmes dans la tragédie de l'amour, marchant solennellement vers l'irrémédiable.

L'une tente au début du film de se défénestrer... L'autre y parviendra à la fin... La symbolique de l'envol...

Deux visages dont la beauté complexe se découvre lentement, subtilement, au fil des années, et qui ne peut ensuite plus s'effacer de nos têtes...

Quel beau hasard que ce choix de programmation sur des chaînes si peu semblables, à des horaires malgré tout si compatibles...

Et, pour moi, illuminant une soirée qui s'annonçait morose... Merci, le cinéma, qui accompagne ma vie depuis toujours...

Et, que je ne l'oublie pas, merci aussi à Clovis Cornillac, Gilles pathétique, infantile, humain, acculé vers la torture inattendue de l'égoïsme, et de la violence amoureuse...

28.01.2008

"Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?"...

Les vieux disaient volontiers, autrefois, "de mon temps"...

Ca nous faisait bien rire, nous, les jeunes, qui comptions bien le rester toujours...

Ils parlaient comme si leur temps s'était arrêté à leur jeunesse, et qu'ils n'étaient désormais plus que des morts vivants...

Alors les vieux de ma génération -en l'occurrence moi!- ont jeté cette expression au rencard.

On veut rester vivants dans le présent, et encore un peu se projeter dans le futur.

Grand-mère ne tricote plus sa chaussette en alimentant le feu dans la cheminée.

Elle alimente maintenant vaillamment- quelquefois avec peine, il faut le reconnaître- les chroniques de son blog sur son petit ordinateur...

Quelle vigilance doit-elle déployer pour ne pas se laisser abuser, telle la vieille du Petit Chaperon rouge, par ce grand brigand de passé qui se glisse insidieusement dans son lit en se prétendant le représentant du présent...

Il sait bien trouver les bons déguisements, le fourbe, pour camoufler ses rides, ses bajoues, ses chairs fatiguées, sous d'aimables fanfreluches... 

Une fleur séchée entre deux pages d'un bouquin, une chansonnette bien tournée...

Et voilà notre vieille redevenue jouvencelle!...

Le grand méchant loup prédateur de présent va encore une fois bien se régaler!  

 

27.01.2008

La certitude que tout peut changer un jour...

"Nous prendrons le temps de vivre

D'être libres, mon amour

Sans projets et sans habitudes

Nous pourrons rêver notre vie...

Viens, je suis là, je n'attends que toi,

Tout est possible, tout est permis...

Viens écoute ces mots qui vibrent

Sur les murs du mois de mai

Ils nous disent la certitude que tout peut changer un jour..."

 

C'était la douce utopie...

C'était il y a bientôt quarante ans...

Le rêve n'a pas pris une ride...

26.01.2008

Damned...

Certains s'étonnent de mon silence depuis quelques jours...

J'allègue que j'étais occupée à installer les photos sur mes albums-blog, mais, entre nous, c'est beaucoup plus grave:

Je suis à la Société Générale!!!

Depuis trois jours je flippe comme une malade:

Quand oserai-je aller à mon agence apprendre ma ruine totale??

Envolées les stock options patiemment accumulées durant ma lucrative carrière de petit fonctionnaire?...

Parties les actions de tous horizons acquises grâce aux dessous de table cyniquement extorqués au fil des années, pour bien vouloir condescendre à mettre en haut de la pile certains dossiers d'inscription?...

Disparus les lingots d'or empilés dans mon coffre, et les diamants dans leurs petits sacs en toile? ...

Je vois d'ici la panique du personnel de la banque à mon arrivée:

Comment va-t-elle prendre la nouvelle? Va-t-elle nous faire un malaise, ou pire???

Tant pis, je préfère ne pas savoir: je continue à faire chauffer ma carte bleue pour ces derniers jours de soldes...

 

23.01.2008

Gueule de bois. Deuxième époque

Le bistrot rouvrit le samedi suivant.

Tout heureux, Gaston, Jojo, Mimile et Pierrot poussèrent à nouveau la porte, dès onze heures, pour faire leur belote hebdomadaire en buvant l'apéro.

Le café était frais repeint, dans des couleurs un peu bizarres, avec ici et là des chromes un peu clinquants, mais enfin c'était propre.

Le patron, rasé de près, sentant bon l'after shave, dans une chemise bien repassée, finissait de disposer le pot d'honneur sur le comptoir.

Le premier détail que les quatre copains remarquèrent, c'est qu'il manquait les chips habituelles, et les saucisses au chorizo pour un pot d'honneur qui se respecte. Pour celui là c'est un traiteur qui s'était occupé de tout... Des garçons en veste blanche apportaient de grandes gerbes de fleurs, des verres en cristal, un tas de chichis qui les intriguèrent.

Une grande fille, jolie comme le printemps, susurrait dans un coin, s'accompagnant sur sa guitare, de douces mièvreries. C'est quand ils virent le patron lui mettre un bisou dans le cou qu'ils comprirent qu'elle était la nouvelle patronne...

Ils cherchèrent des yeux "leur" table, celle qui les attendait depuis quarante ans, chaque samedi. Mais la table avait disparu. Alors ils voulurent interroger le patron, mais le patron n'avait pas le temps. Un des serveurs leur demanda de bien vouloir se pousser, les premiers invités arrivaient.

Un défilé impressionnant venu des quatre coins de la planète franchit la porte du bistrot. Le champagne commença à couler. On se passait les amuse-gueule en s'amusant follement: Comme ça faisait peuple de se retrouver ici!

Gaston, Jojo, Mimile et Pierrot, quand ils découvrirent la nouvelle carte, n'en crurent pas leurs yeux... Plus rien, pas même la moindre mominette, n'était désormais à la portée de leur pension, même en y ajoutant les 1,1% d'augmentation de l'année... Alors ils reprirent la porte, tête basse, en n'oubliant pas, car eux avaient de l'éducation, de saluer tout le monde.

A nouveau, dans la rue, ils furent pris de hauts-le-coeur, et vomirent dans le caniveau: la gueule de bois les avait repris...    

Gueule de bois

Le bistrot avait changé de propriétaire depuis quelques mois. Depuis quelques mois ce n'était que tournée du patron sur tournée du patron. Le nouveau gérant comptait bien le redresser, ce commerce qui avait un peu périclité au fil des années, avec un vieux gérant un peu poussif, charentaises et clope au bec, et sa femme revêche qui passait son temps à faire ses piles de piécettes sur une table au fond du café.

Le jour de l'inauguration tout le monde s'était réjoui de la beauté de la nouvelle patronne... On murmurait bien ça et là qu'il y avait eu un épisode difficile dans le couple, façon "Pomponnette", mais tout ça était du passé...

Le bistrot ne désemplissait pas...Courant comme un lapin derrière son comptoir, le nouveau taulier servait pastis sur pastis, p'tit blanc sur p'tit blanc, bière sur bière, et même, pour les plus fortunés de ses clients -et ils étaient nombreux- , whisky sur whisky, champagne sur champagne... Petit-à-petit l'ivresse gagna tout le monde... Le patron afficha de plus en plus ouvertement son ambition de transformer son bistrot en établissement réservé aux riches... Les tarifs du champagne s'envolèrent... Il voulut aussi faire plaisir à la patronne, qui insensiblement se montrait de moins en moins avenante avec les clients: alors il embaucha des employés selon sa convenance...

Mais rien n'y fit: Les bruits se firent de plus en plus insistants: La patronne en avait marre.. Le taulier essayait de calmer la rumeur, multipliait ses confidences, pour attirer la sympathie... Les soirées se passaient en tournées générales du patron, toute la ville se mit à les fréquenter, pour tromper l'ennui plus que pour passer un moment sympathique... Les journaux locaux s'emparèrent des infortunes du bistrotier.

Ce fut le départ d'une débandade générale: tout était cul sur tête dans le bistrot... Le patron multipliait les tournées générales, racontait à qui voulait l'entendre, en pleurant dans son tablier, les déboires de sa vie sentimentale... Puis un peu plus tard se livrait à des confidences déplacées sur son confortable compte en banque...

Les clients sortaient en titubant, vomissaient dans les caniveaux, ne vivaient plus que pour la prochaine biture... L'ordre des médecins et bistrotiers réunis finit par s'inquiéter... Il convoqua le taulier, lui expliqua qu'il devait urgemment mettre un terme à cette folie générale.

Soudain dégrisé, le taulier ferma boutique pendant quelques jours, pour remettre de l'ordre. Les clients émergèrent petit-à-petit de leur gueule de bois et reprirent conscience que s'il existait encore un lieu de convivialité dans une ville, il fallait précieusement le conserver...

Vous l'avez compris, ce récit n'est qu'une petite fable tirée par les cheveux, et je manque de place pour la développer jusqu'à son épilogue et en tirer la moralité ...  

21.01.2008

Les tasses de l'Abbé Pierre

Je les ai achetées cet après-midi, pour trois euros les six.

Elles sont grandes, généreuses, coulées dans un verre transparent plutôt rustique, avec de beaux fruits moulés dans la masse...

Elles me serviront aux beaux jours pour les crèmes, pour les salades de fruits, ou pour les sangrias.

En allant chez Emmaüs aujourd'hui je n'avais pas en tête que c'était une date anniversaire.

Pendant que je fouillais dans les rayons, c'est une annonce très simple faite au micro par un des Compagnons qui me l'a rappelé:

Cela fait un an que l'Abbé Pierre est mort.

Les autres clients ont aussi entendu l'annonce.

Elle n'a pas provoqué une minute de silence, mais j'ai eu l'impression qu'à cet instant ce lieu nous rappelait pourquoi et pour qui il existait, et qu'il était essentiel ici que les plus démunis soient les premiers et les mieux servis...

J'avais vu les brocanteurs de tous poils, arrivés de bonne heure avant l'ouverture, se ruer vers les salles dès que les portes s'étaient ouvertes, peu soucieux du message de l'Abbé...

La plupart des autres clients venaient comme moi, pour flâner et se faire un petit plaisir pour pas cher...

Et puis il y avait les autres, dont on pouvait deviner que ce lieu était le seul pour eux où ils seraient accueillis sans préjugés, et où ils pourraient trouver à améliorer un peu leur cadre de vie, avec les pauvres moyens dont ils disposaient.

Je suis repartie avec mes six jolies tasses, le long de la Seine si haute en cette saison qu'il semble que les péniches sont à hauteur de route.

Et j'ai repensé au glas de Notre-Dame, il y a un an, qui résonnait gravement, dans le froid glacial du mois de janvier 2007, tandis que le petit cercueil pénétrait dans la cathédrale, sous les applaudissements de la foule... 

20.01.2008

Celui qui ne salue pas le drapeau...

JoAnn m'a clouée hier en m'expliquant les raisons pour lesquelles elle avait l'intention de ne pas aller voter...

Elle a fait le tour des incompétences ou impossibilités de tous les candidats, pour arriver aux deux favoris:

Hillary, et Barak Obama.

Contre Hillary, une seule raison: elle ne fait que mentir.

Contre Barak Obama, comme un couperet:

"Il ne salue pas le drapeau... Il est Musulman."

Les bras m'en sont tombés...

JoAnn est l'Américaine middle class typique:

La cinquantaine, vivant en Ohio, ancienne prof de Français reconvertie, à la retraite, en vendeuse dans un grand magasin ("travailler encore pour gagner plus"), un mari, une maison, un chien, une vieille mère malade, une collection de personnages de Walt Disney pour décorer la maison...

Nous correspondons depuis de nombreuses années...

Le 11 Septembre 2001 elle m'avait raconté en direct la réaction immédiate des gens vis-à-vis des Musulmans de sa ville... Elle semblait alors en être scandalisée...

Les années semblent ne rien avoir apaisé, et, au contraire, pour JoAnn, semblent avoir aggravé l'irrationnel ressentiment...

J'ignore ce qu'il en est des comportements de Barak Obama devant le drapeau américain... et, entre nous...

Mais c'est peut-être, si j'en crois les réactions de mon amie JoAnn, moins la couleur de sa peau que sa religion qui vont peser sur le verdict des urnes...

ps: lundi matin. Hier j'ai vu à la télé des images qui laissent à penser que Barak Obama est bel et bien chrétien... JoAnn, je n'y comprends plus rien... 

 

 

19.01.2008

Lainages

Pour traverser l'hiver j'ai dans mon armoire une pile d'écharpes, de châles,de pulls de toutes sortes et de toutes couleurs, tricotés maison.

Reliquats de ma petite maison à la campagne, pour les soirées frisquettes auprès du feu, quand l'hiver s'annonçait précoce, ou s'attardait trop longtemps sur les châtaigners mouillés...

Souvenirs des traditions matriarcales, de ma grand-mère et de ses paires de chaussettes torsadées en laine de pays blanche, cadeau sans surprise,chaque année à Noël, à chacun de ses petits-enfants...

Souvenirs du châle en laine fine rouge...Une commande passée à ma mère, alors que son bras gauche fonctionnait suffisamment pour qu'elle puisse encore tricoter... J'ai toujours soupçonné ses soeurs de l'avoir aidée à mener à bien sa mission...

Combien de pulls avait-elle pourtant tricotés dans sa vie, pour toute la famille!

Quels regrets d'avoir un jour donné sans réfléchir tel ou tel chef d'oeuvre en jacquart, parce qu'il était devenu trop petit pour les enfants...

Aurais-je pû supposer qu'un jour elle ne serait plus en état de le réaliser, et qu'il aurait alors fonction de témoignage... J'étais trop jeune pour pressentir l'inéluctable approche de ce temps...

Le temps de la naissance de mes enfants, les petites brassières, les petits chaussons de couleurs tendres préparés au fil des mois d'attente...

Et maintenant, toutes mes soirées de solitude passées avec les pelotes et les aiguilles, à fabriquer un nouveau pull, une nouvelle écharpe, un nouveau châle...

"Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid..."

Ces "mots des pauvres gens" retrouvent leurs échos dans la chaleur protectrice de tous ces tricots, où je me blottis souvent, les soirs d'hiver...

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