30.12.2007
Les pompons verts de Don Salluste
C'a été comme un déclic...
Tandis que je regardais l'autre soir , pour la centième fois, "La folie des grandeurs", j'ai soudain remplacé dans mon esprit les pompons verts de Don Salluste par... disons... une Rollex...
Il ne suffisait que de ce détail pour que le personnage apparaisse avec une réalité saisissante...
Même gabarit, même fébrilité, mêmes mimiques...
Même avidité de pouvoir, même fascination de l'argent...
"Il est l'OR, MonseignOR..."
On s'y croyait...
Toute la filmographie de de Funès a défilé depuis dans ma tête, avec de désopilants rapprochements...
"Le grand restaurant" -Le Fouquet's -,
"Le gendarme"... d'Argenteuil...,
"Le petit baigneur"... Là ce n'était pas le fameux yacht du grand ami...
Les manteaux de "fourrire" de Prada...
"La grande vadrouille", "le corniaud", "la traversée de Paris"... "Ni vu ni connu"... Et tant d'autres...
Le fameux "ma biche" transposé, au choix, sur C ou C...
On peut s'en donner à coeur-joie...
Ca pourrait être un jeu tonifiant pour un Réveillon un peu mollasson...
Quel dommage que de Funès ne soit plus là pour incarner le personnage, ce rôle était fait pour lui...
23:05 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
câlins gratuits
J'aime bien de temps en temps tomber sur ces groupes de jeunes qui, sur une place publique, proposent simplement, en l'annonçant par une pancarte, un câlin gratuit aux passants.
Juste une petite embrassade, un gentil sourire, et on s'en va...
Pour ceux qui sont comblés de câlins, de bisous, de caresses, de poutous, de mimis, de crouchcrouchs, de frenchkisses, à longueur de journée, je comprends que ça ne représente pas grand chose...
Encore que...
Aller vers l'autre, quel qu'il soit, lui accorder une seconde de sourire, une seconde de contact physique, une fois de temps en temps, ce n'est pas rien dans notre société française si glaciale au niveau de l'accueil des étrangers..
Nous, les Français, par ailleurs si pétris d'esprit de famille et d'amis de trente ans, nous voilà tout recroquevillés sous notre béret basque lorsqu'il s'agit de risquer la rencontre avec d'autres façons de vivre, de penser, d'être...
On visite les pays étrangers bien protégés par les agences de voyages, on regarde les gens à travers le viseur de l'appareil photo, et on revient satisfait... On a "fait" le pays...
Les jeunes, je vous aime bien pour cette initiative des "câlins gratuits"...
Et nous, les vieux, quand aurons-nous aussi la générosité d'aller en groupe, avec nos pancartes, gratuitement vers les gens, pour le plaisir de faire plaisir?
10:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.12.2007
Les casseroles du père Berne
Je le revois encore, à la porte de chez mes parents, sa casquette à la main, son cadeau sous le bras...
En souvenir de la longue amitié qui liait nos familles, le père Berne était venu m'apporter son cadeau de mariage: une série de casseroles.
C'est sûr qu'elles n'avaient rien de décoratif, ces casseroles en aluminium...
C'est sûr qu'elles n'étaient pas de première qualité, que même neuves elles ne pesaient pas très lourd...
Mais c'était un vieil ami qui les avait offertes, qui s'était concerté avec sa femme sur le cadeau le plus judicieux à offrir à un jeune couple, qui s'était déplacé à la quincaillerie pour les choisir, qui était venu chez nous en clopinant pour les offrir...
Aujourd'hui il y a e.bay pour virer rapidement les cadeaux qui ne correspondent pas aux attentes des gens...
Comble de la goujaterie, on en tire même quelque argent...
Mes casseroles du père Berne ont suivi fidèlement mes divers déménagements, jusqu'à épuisement.
A force de purées brûlées, de chocs sur le carrelage et autres mauvais traitements, elles sont devenues réellement inutilisables, et se sont retirées une après l'autre de ma batterie de cuisine, suivant le cours bosselé de mon existence...
Mais pour rien au monde je ne les aurais froidement rebalancées sur e.bay, sous prétexte que j'aurais préféré des casseroles chromées...
11:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
28.12.2007
Imaginons ...
Imaginons qu'hier matin elle ait été prise d'une très grosse lassitude, d'un énorme découragement, d'un brusque désir de ne plus rien faire...
Imaginons qu'au dernier moment elle ait décidé de décommander le meeting, sous prétexte... au hasard... d'une angine blanche...
Qu'elle soit restée dans son lit, et que toute la matinée se soit passée pour elle en rêveries, tasses de thé, petits toasts à la confiture de mangue, brossage de ses longs cheveux noirs, rêveries encore, musique douce en sourdine, rêveries à nouveau...
Parce qu'elle n'en pouvait plus de toute cette impossibilité à faire évoluer son pays vers la démocratie, imaginons que son voile blanc soit ce matin-là resté accroché au fauteuil de sa chambre tendue de soieries...
Autour de midi elle serait allée prendre son bain parfumé au jasmin, puis enfiler une robe de chambre en satin ivoire et chausser de mignonnes petites mules rose fuschia...
Et elle aurait allumé la télé...
C'est à ce moment que le kamikaze aurait tout fait sauter sur le cortège...
Alors elle se serait dit, en décrochant son téléphone doré pour appeler son état-major: "C'était le destin..."
09:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.12.2007
Les oiseaux de passage ...
C'est bien beau de faire la fête, mais pendant ce temps les factures s'empilent...
Allons, surtout pas de laisser aller...
J'ai commencé aujourd'hui à mettre de l'ordre dans mes comptes de fin d'année...
Vider le classeur "papiers à trier", classer par ordre d'urgence , distribuer dans les chemises, remplir les chèques, écrire les enveloppes, coller les timbres...
Une vraie vie d'aventurière, quoi...
Finalement j'ai fini par m'y faire, à cette petite vie plan plan de retraitée comme les autres...
Les beaux rêves d'autrefois, de liberté, de soif d'ailleurs, terminés, rangés dans le tiroir des mirages ...
Brassens chantait, il y a longtemps:
" ... Et bois et mers et vents, et loin des esclavages
L'air qu'ils boivent ferait éclater vos poumons..."
J'ai tellement oublié tout ça que je ne me souviens plus vraiment des paroles...
Mais je me souviens quand même de l'espérance qui m'envahissait, dans ma jeunesse, quand je voyais passer dans le ciel "en forme de triangle, tout-à-coup un grand vol", celui des oiseaux de passage...
23:25 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Rêve étrange
Cette nuit j'ai fait un rêve étrange (et pénétrant!), que je vous engage à m'aider à interprèter...
Il s'agissait pour moi de passer un permis de conduire comportant, outre l'épreuve de conduite:
une épreuve d'équitation,
et la participation à une pyramide humaine, où j'avais le choix entre un rôle de "porteur" et celui de la dernière pièce de la pyramide, tout en haut de l'édifice, celle qui brandit le drapeau...
Je m'adressais, affolée, au moniteur -en l'occurence Philippe Lucas- pour essayer de plaider ma cause:
Je n'avais jamais monté, et, à peine remise d'une sciatique, je doutais même d'être en état de grimper sur la selle...
Je doutais aussi, approchant des 70 printemps, d'avoir suffisamment de tonus pour exécuter l'épreuve d'acrobatie...
Et puis je détenais depuis presque cinquante ans le même permis, sans aucun accident de parcours, sans qu'aucun point m'ait jamais été retiré...
Mais il était intransigeant: "tu feras comme les autres, et puis c'est tout..."
Je vous connais, vous êtes en train de bien vous marrer, et de vous livrer à des interprètations psychanalytiques sur mes histoires de cheval, Philippe Lucas et autre pyramide humaine...
Je vous le jure, je n'avais pas fait d'excès au repas de Noël, et m'étais contentée, le soir venu, d'un petit bouillon de légumes...
Mais où l'inconscient va-t-il s'exprimer...
10:10 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.12.2007
Fausse impudeur
Qu'est-ce qu'ils vont chercher sur internet, les jeunes garçons qui nous entourent?
Bien sûr, des documents pour le collège...
Bien sûr, les musiques de "d'jeuns", par eux et pour eux...
Mais aussi (surtout?) les réponses aux questions qui les taraudent, qui leur font perdre le sommeil, et quelquefois la boule...
Quand on est la proie de timidités, de pudeurs, de doutes, comment être L'HOMME qu'elles attendent soi-disant toutes?
Comment être admis dans le club des super-mecs super-compétents en matière de nanas (enfin de meufs, je ne sais plus quelles expressions ont cours aujourd'hui pour désigner l'être à séduire à tout prix...)?
A ces âges on aime bien se la jouer "macho" pour surenchérir sur le père ...
En paroles, on n'a peur de rien pour provoquer ...
Et on va sur internet pour parfaire la théorie ...
Ce qu'on y trouve a de quoi vous effrayer...
C'est vraiment ça l'amour?
Les déchaînements bestiaux? La femme traitée comme une poupée gonflable?
Je pense qu'un jeune garçon de ma connaissance se reconnaîtra dans ce que je dis...
Pour avoir beaucoup et bien vécu je t'affirme que les femmes aiment la tendresse, la sensibilité, les égards, y compris et surtout dans l'amour...
Ca ne fait pas pour autant des hommes des eunuques, ça les assure dans leur corps, dans leur tête, et dans la confiance qu'ils ont dans les autres, et dans la vie...
Laisse les hommes de Cromagnon dire à leurs femmes: "Tu vas prendre..."
Toi tu sais dire simplement à ta chérie: "Je t'aime".
18:10 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.12.2007
Noël 1952
J'avais douze ans. Pour la première fois je passais Noël loin de ma famille, dans une famille anglaise.
Le départ avait été difficile: au moment de quitter mon père à la gare Saint-Lazare je ne voulais plus partir, j'avais mal à l'estomac, je sanglotais dans mon petit manteau de fourrure et les chaussettes en laine de pays blanche, tricotées par ma grand-mère, me grattaient les jambes.
J'ai vomi tant et plus pendant la traversée Dieppe-Newhaven, j'étais de plus en plus désespérée et plus concernée du tout par de quelconques progrès en Anglais...
Arrivée à Bristol, chez les Williams, j'ai dormi pour la première fois de ma vie dans des draps de couleur -jaunes- et j'ai découvert que la cuisine anglaise avait ses charmes, surtout le breakfast qui me changeait des éternels café au lait-tartine de beurre. Seules les saveurs étranges des chocolats et des gâteaux m'ont désappointée...
Malgré tout Madame Williams trouvait que je mangeais "like a little mouse..."
Et puis les Williams m'ont reçue avec affection, sans doute touchés par mon air paumé...
J'ai eu des tas de petits cadeaux, qu'il fallait aller découvrir au bout de rubans rouges accrochés dans le sapin, de gens que je ne connaissais même pas...
Cette année là on préparait le couronnement de la jeune Princesse Elisabeth ...
Qu'a fait ma mère du foulard magnifique (hum...), avec l'effigie de la Princesse et celle du Prince Philip, que je lui avais rapporté?
J'aurais bien aimé le conserver parmi mes souvenirs...
Bon anniversaire, quoi qu'il en soit, à la vieille Reine Elisabeth, de la part de la petite française au manteau de fourrure et aux chaussettes blanches gratteuses tricotées par sa grand-mère qui avait passé Noël en Angleterre, en 1952, pour la première fois loin de sa famille...
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22.12.2007
Les goûters de Miss Marple
Suite du cocoonning de Noël...
Je rêve de vieillir en petite souris fureteuse, avec mon petit chapeau, mon collier de perles fines, mon chemisier de coton blanc et mon twin set gris pâle... Une Miss Marple versaillaise...
En attendant cet heureux temps je m'entraîne au tea-time anglais.
Avec les bonnes recettes de Jane Pettigrew, je suis lancée depuis quelques jours dans la production intensive de gâteaux de Noël anglais.
Le ginger bread, le "cut and come again", le gâteau irlandais aux abricots, , aux carottes et aux ananas, à l'orange et au citron, dans une débauche de fruits secs et confits, de gingembre, de cannelle, de cinq épices, de mélasse et de cassonnade brune... Les gâteaux n'ont plus de secret pour moi, et attendent sagement dans le bac du congélateur les petites visites de l'après-midi.
Avec le froid qu'il fait, devant un bon thé fumant, voire un café pour les Français, on est cosy cosy cosy...
Jusqu'à présent ces moments de civilisation n'ont jamais été dérangés par quelque affaire d'empoisonnement sordide, mais "la Lanterne" présidentielle (ou plutôt, en principe, "premier ministrelle") est à deux pas de chez moi.
Pourvu qu'un de ces jours, avec tout ce qui s'y passe actuellement, il n'y ait pas de la cervelle au plafond...
En tous cas moi, Miss Marple, même si on vient me solliciter pour élucider le crime, je refuse d'interrompre mon goûter...
Les Français l'ont voulu, qu'ils se débrouillent...
13:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.12.2007
"Il n'y a plus de bonnes, quelle société!..."
Une ancienne chanson des Frères Jacques, aujourd'hui un feuilleton pour les Fêtes...
Mon arbre généalogique compte bon nombre de bonnes ...
J'en ai bien connu trois: ma grand-mère maternelle et sa soeur la Tante Marie, et la soeur de ma grand-mère paternelle, la Tante Jeanne.
Elles avaient en commun d'avoir été placées dès l'âge de douze ans "en condition", chez des bourgeois de la région.
Toutes les trois avaient appris tôt ce que c'est que de travailler dur sans broncher.
La Tante Jeanne , comme la Tante Marie, comme ma grand-mère, avaient gagné dans ces placements l'estime de leurs patrons, une incontestable compétence en matière domestique, et une sorte de teinture bourgeoise qu'elles utilisaient pour donner à leurs neveux ou à leurs enfants quelques codes de la bonne société.
Les visites de la Tante Marie constituaient pour ma mère et ses soeurs comme un passage en revue des troupes: bien se tenir à table, surveiller son langage, donner satisfaction à cette tante tyrannique ...
Elles avaient droit aux récits de la vie édifiante de leur tante: se lever à quatre heures du matin pour "cirer les pompes" (au sens propre) de la famille, et cuisiner dès l'aube pour qu'à son réveil chacun puisse déguster un croissant frais au petit déjeuner...
Ce que la tante Marie ne disait pas aux enfants, c'était ses fuites éperdues devant les mains baladeuses du grand-père...
Ma grand-mère était discrète, travailler, pour elle, était normal, et je ne l'ai jamais entendue livrer cette sorte de récits, mais je suis certaine qu'elle aurait pû elle aussi en raconter de sévères...
La Tante Jeanne, elle, avait gardé de ses "conditions" le souvenir de la guerre de 14 où elle remettait à ses patrons ses tickets de chauffage... alors que sa propre chambre restait sans chauffage...
Elle avait appris là-bas à faire les "pâtes sèches" qui nous régalaient lorsque nous passions lui souhaiter la bonne année...
Toutes les trois conservaient dans leur coeur , en dépit de tout, tendresse et respect pour ces familles exigeantes:
Ma grand-mère avait attribué à mon oncle le diminutif de l'enfant préféré dont elle s'était occupé là-bas...
La Tante Marie, avec les années, était considérée comme un (presque) membre de la famille: au-delà de la retraite qu'elle prit fort tard, ses patrons se firent un devoir de s'occuper d'elle...
Pour la Tante Jeanne l'affection était peu-être moins évidente... La rancoeur plus enracinée, peut-être... Mais elle gardait l'auréole familiale d'avoir servi chez des bourgeois, et de connaître les bonnes manières...
A cette époque on ne parlait pas d'esclavage moderne... Tout ça était teinté de catholicisme et de bons sentiments...
Mais on n'y regardait pas de trop près: après tout ce n'était que des bonnes...
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